Le 28 février 2026 restera gravé comme un tournant majeur de l’histoire énergétique. Ce jour‑là, les forces américaines et israéliennes ont lancé une attaque ciblée contre des installations iraniennes, poussant le gouvernement de Téhéran à fermer le détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus stratégiques pour le transport du pétrole mondial.
Cette décision a eu des répercussions immédiates sur les marchés. Le prix du baril de Brent a atteint 126 dollars, un sommet jamais vu depuis quatre ans. Au‑delà de ce pic visible, la crise a mis en lumière les mécanismes cachés qui soutiennent l’économie internationale depuis plus d’un demi‑siècle : le pétrodollar.
Le pétrodollar désigne le fait que la plupart des transactions pétrolières sont libellées en dollars américains. Cette pratique, instaurée dans les années 1970, a conféré aux États‑Unis un avantage monétaire considérable, en assurant une demande constante pour leur monnaie et en renforçant leur influence géopolitique. Le système repose sur un équilibre fragile, où la stabilité des routes d’exportation et la coopération des grands producteurs sont essentielles.
Lorsque Téhéran a bloqué le passage du détroit d’Ormuz, il a simultanément remis en cause l’un des piliers de ce système. Le détroit représente près d’un tiers du commerce mondial du pétrole. Sa fermeture a obligé les exportateurs à chercher des itinéraires alternatifs, augmentant les coûts logistiques et créant une incertitude sur les livraisons. Cette incertitude a immédiatement été reflétée dans les cours du pétrole, comme le montre le bond du Brent à 126 $.
Au‑delà du choc immédiat sur les prix, la crise a déclenché une série d’ajustements silencieux parmi les États. Certains pays ont commencé à envisager des monnaies alternatives pour leurs transactions pétrolières, afin de réduire leur dépendance au dollar. D’autres ont renforcé leurs alliances traditionnelles, cherchant à sécuriser des voies de transport alternatives ou à diversifier leurs sources d’énergie.
Le Japon, par exemple, a dû réévaluer rapidement ses stratégies d’approvisionnement. En tant que l’un des plus grands importateurs de pétrole au monde, il a exprimé des inquiétudes quant à la continuité de ses contrats libellés en dollars, tout en explorant des options de couverture plus résilientes. Cette réaction illustre comment la crise d’Ormuz a touché non seulement les acteurs directement impliqués, mais aussi les économies dépendantes du flux pétrolier.
Sur le plan financier, la flambée du Brent a eu des effets en chaîne sur les marchés des changes et les réserves de change des banques centrales. Une hausse du prix du pétrole entraîne généralement une appréciation du dollar, du fait de la demande accrue pour la monnaie utilisée dans les transactions. Cependant, la fermeture du détroit a également suscité des craintes de perturbations prolongées, poussant certains investisseurs à diversifier leurs portefeuilles vers d’autres actifs sûrs, comme l’or ou les devises européennes.
La situation a également ravivé les débats autour de la souveraineté monétaire et de la volonté de certains pays de dédollariser leurs échanges. Les discussions, longtemps théoriques, ont trouvé un terrain d’entente concret lorsqu’il est devenu évident que la stabilité du pétrodollar pouvait être remise en cause par des actions géopolitiques décisives.
En somme, le 28 février 2026 n’a pas seulement provoqué une hausse du prix du pétrole. Il a exposé les vulnérabilités d’un système monétaire qui, depuis cinquante ans, repose sur la confiance mutuelle des acteurs mondiaux. La fermeture du détroit d’Ormuz, bien que temporaire, a montré que des décisions politiques peuvent rapidement transformer un cadre économique apparemment immuable.
Les analystes s’accordent à dire que les répercussions de cet épisode se feront sentir pendant plusieurs années. La recherche d’alternatives au dollar, la redéfinition des routes d’approvisionnement et le renforcement des alliances régionales sont autant de réponses attendues à une crise qui a mis à nu le mythe du pétrodollar.